Inventaire de Textes Arthuriens
Cette liste est plus que non
exhaustive. Faire un inventaire des textes les plus célèbres sera assez facile,
cependant recenser TOUS les textes arthuriens demanderait sans doute d’y travailler
à temps plein pendant quelques années.
Vous ne trouverez donc ici
que ceux que j’ai pu me procurer, en version papier ou virtuelle. Et d’autres
seront simplement cités.
Désolé.
Cette
première page présente les textes que j’appellerai « pseudo-historiques »,
c'est-à-dire jusqu’à Geoffrey de Monmouth,et Wace
inclus. Par après, sur la deuxième page, les textes commencent à foisonner,
diverger, converger, et à être beaucoup plus dans le mythe que dans l’Histoire.
Le Problème des Sources Galloises
Les sources galloises posent un grave
problème, car elles sont inexploitables. Comme le Y Gododdin,
elles sont mises par écrit tardivement, souvent entre le Xème et le
XVème Siècle, mais appartiennent à une tradition orale antérieure.
Mais de combien ? Peu de structures ou de thèmes persistent vraiment,
cependant les allusions à Arthur sont difficilement datables. En effet, les
Triades de l’île de Bretagne, dont on connaît plusieurs manuscrits,
montrent bien une incorporation progressive du nom d’Arthur, soit en rajout à
une triade, soit en lieu et place d’un autre nom de guerrier. Ainsi, en
l’espace de quelques siècles, les entrées comprenant Arthur se sont
multipliées.
On comprend dès lors qu’à l’intérieur de
poèmes ou de contes, le même genre de phénomène se soit reproduit.
Les Mabinogi
présente un parfait exemple de ce genre de problème. En effet, ceux traitant de
Peredur et d’Owein, par
exemple, suivent les romans de Chrétien de Troyes de Perceval et d’Yvain. Or, les
romans de Chrétien datent de la fin du XIIème Siècle, les manuscrits
gallois souvent du début du XIIIème, voire plus tard. Ceux-ci
sont-ils inspirés de Chrétien, ou au contraire suivent-ils une tradition orale
qui, elle, aurait inspiré le romancier ?
Kulhwch et Olwen, à
l’inverse des précédents, n’a pas d’équivalent roman ; de plus, la figure
d’Arthur y est présente comme celle d’un chef de guerriers, qui, avec sa
troupe, va accomplir de nombreux hauts faits pour aider son neveu. À l’inverse
de chez Chrétien, on a là un Arthur bien plus actif, et partie prenante de
l’aventure…Certains veulent y voir une antériorité. C’est possible, mais pas
certain. Dans ce cas, il est également possible que les contes de Peredur et d’Owein aient été
rajoutés par la suite dans les contes gallois.
Le Songe
de Rhonabwy, écrit à la fin du XII ème Siècle, de la même manière, présente un
Arthur plus chef de guerre qu’autre chose, avec des compagnons peu coutumiers
des romans médiévaux. On le retrouve associé à Medrawt
et à Camlann, mais il n’y a pas mention des
compagnons les plus habituels d’Arthur : seuls Kei (Keu),
mais non associé en tant que frère adoptif, et Owein
(Yvain), qui joue contre Arthur, sont assez traditionnels.
On voit donc que l’exemple des Triades
permet facilement de contester l’image d’Arthur donnée par n’importe quel conte
ou poème gallois.
De Excidio Britanniae, VIème Siècle, Gildas le Sage
(Manuscrit du XIème Siècle)
Vers l’Arthur historique
En fait, celui qui aurait dû être le premier
auteur arthurien est Gildas Sapiens, le Sage, qui écrit au sixième
siècle.
Moine et saint, on lui attribue entres
autres une Lorica, un Pénitentiel, et
surtout le texte De la Décadence de la Bretagne, qui est constitué d’une
introduction, d’une histoire de la Bretagne, d’une admonestation aux Rois de
Bretagne, et d’une autre destinée à l’Eglise de Bretagne.
C’est dans la partie histoire que se
trouvent les éléments les plus intéressants. Première constatation :
Gildas ne cite que très peu de noms. En fait, pour le Vème Siècle, deux
seulement : Agitius ( sans
doute Aetius ) et Ambrosius Aurelianus.
Pas la moindre trace d’Arthur. Or, Gildas parle de la bataille du Mons Badonicus, le mont Badon, qui
aurait eu lieu l’année de sa naissance (et qui fut par la suite associée à
Arthur), et dit ensuite « les guerres extérieures ont bien cessé »,
ce qui correspond à ce que disent les textes plus tardifs.
Le seul texte avéré d’un contemporain du
Roi Arthur n’en fait donc pas mention…
C’est
le premier et le plus gros doute concernant l’existence d’un Arthur historique.
D’un côté, on voit mal comment un contemporain aurait pu ne pas mentionner un
chef de guerre ayant l’aura d’Arthur. D’un autre côté, on sait que certaines
fois il est difficile d’être reconnu de son vivant. De plus, les Vies plus tardives de Gildas le Sage lui
attribuent une inimitié profonde pour
le Roi Arthur, suite à une sombre histoire de famille…
Ces Vies brouilleraient-elles Arthur et
Gildas pour expliquer l’omission du premier par le second ? Peu
probable : en effet dans celles-ci Arthur apparaît comme un personnage
résolument négatif ; il serait étonnant qu’elles aient pour fin de faire
croire à son existence. Il est beaucoup plus raisonnable de penser que Gildas a
omis de mentionner Arthur.
Il est
peu probable que les Vies puissent
donner la véritable raison de cette omission. Par contre, comme le faisait
remarquer un historien britannique, qui, quarante ans après Waterloo, dirait
« quarante années de paix ont suivi la bataille de Waterloo,qui a été gagnée par Wellington » ?
La meilleure raison de ne pas mentionner un vainqueur est que tout le monde le
connaisse.
Si
Gildas ne nous permet pas d’affirmer avec certitude l’existence d’un Arthur historique,
il ne permet pas en tous cas d’infirmer la possibilité. Par contre, il permet
de préciser le contexte historique global de l’époque, et constitue la première
mention du « siège du Mont Badonique », qui
sera plus tard associé avec Arthur. Il permet aussi d’affirmer que cette
bataille marqua un coup d’arrêt à l’invasion saxonne pendant près d’un
demi-siècle.
Vers l’Arthur légendaire
Si Gildas ne mentionne pas Arthur, il
parle par contre d’un « superbus tyrannus » qui aurait invité les Saxons en Bretagne –
rôle qui sera tenu plus tard par Vortigern -, parle
du « Mons Badonicus », et nomme Ambrosius Aurelianus comme un
chef ayant des parents qui ont « porté la pourpre », et qui sera plus
tard fait oncle d’Arthur.
Y Gododdin, VIème Siècle, Aneirin
(Manuscrit du XIIIème
Siècle)
La piste qui, chronologiquement, pourrait
être la suivante après celle de Gildas semble résider dans des poèmes gallois.
Mis par écrit pour la plupart entre le XIème et le XIIIème
Siècle (et écrits dans la langue de cette époque), il est apparemment
extrêmement difficile de dater leur composition avec précision. Ils reposent en
tout cas sur des traditions orales bien antérieures…Mais de combien ? Le
poème à la structure la plus archaïque mentionnant Arthur est le Y Gododdin, relatant des événements du nord de la
Bretagne au VIème Siècle. On l’attribue communément à un barde de
cette époque, même si la forme date apparemment du IXème ou Xème
Siècle. Il est fait mention d’Arthur, probablement pour la rime, sous la forme
suivante :
gochone brein du ar uur
caer ceni bei ef Arthur
« Il repaissait les corbeaux sur le
mur du fort, bien qu’il ne soit pas Arthur »
Une brève référence martiale. Ce poème,
dont il a été retrouvé un manuscrit du XIIIème Siècle, contient des
rimes qui ne peuvent être antérieures au IXème. D’autres portions,
dont celle – ci, pourraient bien remonter au VIème. Y a-t-il eu
modifications au cours de transmissions orales antérieures, ou le poème
remonte-t-il à cette époque ? Personne ne peut l’affirmer avec certitude…
Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’au
moins quatre familles royales du Nord de la Bretagne on appelé un enfant Arthur
au cours du VIIème Siècle. L’un d’entre eux a-t-il inspiré les
légendes arthuriennes, ou ceci est-il la marque laissée sur les prénoms par un
héros ?
Tout ce que les poèmes gallois permettent d’affirmer en tout cas, c’est que Arthur était une référence guerrière au IXème Siècle, et certainement avant cela. Mais de combien de temps avant ? Et surtout : l’Arthur auquel il est fait référence n’est-il pas un de ces Arthurs postérieurs au VIème Siècle, et donc à la bataille de Badon, à laquelle, on le verra, les textes postérieurs rattachent le légendaire personnage ?
Historia ecclesiastica Gentis Anglorum, VIIIème Siècle, Bede le Vénérable
(Manuscrit du XIème Siècle)
L’Histoire Ecclésiastique du Peuple
Anglais de Bede permet de préciser le contexte historique de la fin du Vème
Siècle, mais ne mentionne pas Arthur, ni n’apporte quoi que ce soit qui confirme
ou infirme son existence… D’un point de vue historique, Bede se base
essentiellement sur Gildas, mais se sert également d’autres traditions.
De ces traditions, il tire le nom de Vortigern, le
roi qui aurait invité les saxons Hengist et Horsa.
Il copie par contre quasiment mot pour mot
Gildas pour ce qui concerne Ambrosius Aurelius,
« romain….de race royale », et « Baddesdownhill ».
Historia Brittonum, IXème Siècle, Nennius
(Manuscrit du
XIIème Siècle)
Rédigée au IXème Siècle, l’Historia Brittonum de Nennius est la première réelle contribution à la légende du Roi Arthur. On en connaît plusieurs manuscrits, dont le plus célèbre est le fameux Harleian 3859, compilé au milieu du Xème Siècle. Une partie de cette Histoire des bretons est consacrée à Arthur. Il y est d’ailleurs dit qu’Arthur combat « avec les rois bretons, mais lui-même est dux bellorum » (chef des guerres).
On y trouve une énumération de batailles auxquelles Arthur aurait combattu ; cette énumération (les hypothèses concernant les lieux de ces batailles sont aussi nombreuses que les cerveaux à l’œuvre) nous apporte deux points essentiels. Premier point, elle semble composée d’un ancien poème gallois. La datation de ce poème semble relativement difficile. Deux écoles s’affrontent. La première, celle des linguistes, le place relativement tard car les noms cités dans cette section ne présentent pas de terminaison caractéristique des nombreux cas du brittonique. On aurait donc un poème composé au moins à la fin du VIème Siècle, voire plus tard. La deuxième école s’intéresse à la composition en elle-même et dit qu’étant donné la fascination des bardes de l’époque pour les élégies, comme le texte ne mentionne pas la mort d’Arthur, il est possible que le poème ait été un panégyrique destiné à être déclamé devant Arthur lui-même.
Rien de certain ne ressort en tout cas.
Le deuxième point concerne la religion. En effet, il est dit dans l’énumération des batailles qu’à la huitième bataille, celle de Guinnion, Arthur porta l’image de la Vierge Marie « super humeros suos », sur ses épaules. Certains y voient une mauvaise traduction du gallois par un scribe latin. En effet, le mot scuid est traduisible par épaule, tandis que scuit est traduisible par bouclier. Cela renforcerait la thèse du poème gallois.
Quoi qu’il en soit, dans ce texte, Arthur est représenté comme un champion du christianisme, et la douzième bataille est celle de Badon mentionnée par Gildas.
On a donc dans ce texte un Arthur qui n’est pas encore Roi, qui est chrétien, et qui est présent à la bataille de Badon… Quant à ses compagnons, ils sont inexistants, même si Nennius mentionne Amr, qui serait un fils d’Arthur que celui-ci aurait lui-même tué.
Vers l’Arthur légendaire
Nennius donne un compte-rendu détaillé de la supposée arrivée des Saxons sur l’île de Bretagne, avec leurs manigances, et autres complots. On y retrouve ainsi Vortigern, Hengest, Horsa, Guoyrancgonus (roi du Kent spolié par les Saxons), Rowena, les fils de Vortigern (Vortimer, Pascent, et Catigern, ainsi que Faustus), et surtout la figure de l’enfant-devin, futur Merlin, ici appelé Ambrose (Emrys).
Le passage concernant Arthur n’est constitué que d’un seul chapitre mentionnant les douze batailles ; et, à la fin, de celui qui parle de son chien Cabal, et de la tombe de son fils Amr.
Les Annales de Cambrie, Xème Siècle
(Manuscrit du XIIème Siècle)
Les Annales de Cambrie
sont une série d’Annales que l’on trouve sur le Harleian
3859, et qui couvrent 533 ans, c’est-à-dire exactement un Grand Cycle de
Pâques, plus un an. Elles sont donc probablement tirées de l’une de ces tables
servant à calculer la date de Pâques, auxquelles on ajoutait fréquemment une
brève note sur les événements de l’année. Elle semble commencer en l’année 447
ou 446, date calculée d’après la date de fin, et l’entrée pour l’année numéro
9 : « Cette année la date de Pâques fut changée par le Pape
Léon », ce qui correspond à l’année 455.
Or, la composition d’une de ces tables
pour un grand cycle fut souvent accomplie en réunissant des tables de divers
époque différentes, et en les mettant bout à bout. Ceci est confirmé dans les
Annales de Cambrie par le fait que les entrées
événementielles concernent des faits géographiquement éloignés ; ainsi,
des événements concernant le Nord du Pays de Galles apparaissent en salve à
certaines époques, indiquant que pour combler un trou dans ses tables, la
compilateur a dû utiliser des tables provenant d’un scriptorium de Gwynedd.
Ajoutons à cela que les entrées faites dans
les tables de Pâques furent souvent faites l’année suivante ou deux ou trois
ans après les faits, que les calculs se trouvant en préambule concernent la
date de Pâques avant le changement effectué par Léon, il est possible
que les entrées des Annales concernant les premières années aient été
contemporaines des faits…Tous les arguments concernant le rajout éventuel
d’entrées beaucoup plus tard peuvent être contrés par des arguments équivalents
en sens inverse, ce qui fait que l’on ne sait en fait, rien sur le siècle où
elles ont été écrites en premier. Les Annales, qui se terminent au Xème
Siècle, pourraient en fait être un témoin contemporain des faits du Vème
Siècle…
Concernant les entrées arthuriennes, elles
sont au nombre de deux : la première, concernant la 72ème année
du cycle, dit : « Bellum Badonis in quo arthur portavit crucem domini nostri jesu
christi tribus diebus &
tribus noctibus in humeros suos & brittones victores fuerunt »,
« La bataille de Badon où arthur
porta la croix de notre seigneur jesus christ trois
jours et trois nuits sur ses épaules et où les brittons
furent victorieux ». Arthur est de nouveau associé à Badon,
et cette fois, c’est dans cette bataille qu’il porte un symbole chrétien…
La deuxième entrée : « Gueith camlann in qua arthur & medraut corruerunt, et mortalitas in britannia et in hiberna fuit » : « Le
combat de Camlann où arthur
et medraut périrent, et il y eut mortalité en bretagne et en ireland »,
pour l’année 93.
Il est possible de voir dans l’utilisation
d’un mot latin, bellum, puis d’un mot gallois, gueith, la preuve que la rédaction de ces entrées se fit à
des époques différentes, ce qui confirme la compilation.
Mais encore une fois, rien n’est certains
quand aux datations de ces entrées. Il est même possible qu’elles aient été
fait à posteriori, et avec les changement de calculs dans la date de Pâques, on
peut avoir un décalage de 28 ans qui se rajoutent aux habituels un ou deux ans
que l’on trouve sur de telles tables…
Pour un certain nombre d’historiens, ces
Annales constituent la preuve incontestable de l’historicité d’Arthur, en effet
aucune hypothèse sur un rajout éventuel ne tient pourl’instant
la route.
Vers l’Arthur légendaire
Il n’y a pas grand’chose
à dire. C’est la première apparition de Medraut (Mordred/Mordret), qui deviendra
le neveu puis le fils félon d’Arthur. D’après les annales cependant, il est
impossible de déduire si Medraut et Arthur ne
combattent pas dans le même camp….
La Grande Prophétie de Bretagne, Xème Siècle
(Manuscrit du
XIVème Siècle)
Cette prophétie,
intitulée en gallois Armes Prydein Vawr, est un poème
que d’aucun voudraient attribuer à Taliesin, un poète
gallois du VIème Siècle, dont le rapport avec Arthur est que le
texte parle de Myrdin (l’Ambrose de Nennius), et des combats contre les Saxons, avec les chefs
Hors et Hengys.
L’enlèvement de Guenièvre,
XIème Siècle
Il s’agit maintenant de parler d’une
légende arthurienne mal connue, mais importante parce que les sources remontent
avec certitude à une époque précédant Geoffrey. Il est fait mention dans la vie
de Gildas de Caradoc de Llancarfan
(XIIème Siècle) du roi Melvas, Roi de la
Cité de Verre, qui enlève Guennuvar, la femme du Roi
Arthur, et du siège de la cité par Arthur. Ce qui pourrait n’être qu’un épisode
de plus dans une Vie de Saint, prend toute son importance au XIXème
Siècle, lorsqu’on remarque sur l’archivolte de la porte nord de la cathédrale
de Modène, une scène sculptée, sous-titrée des noms des personnages. Deux sont
dans un donjon, Winlogee et Mardoc,
les autres se livrent bataille dehors, Artus de Bretania,
Isdernus, un chevalier non nommé, Galvaginus,
Galvarium et Ché, chargent
par trois deux êtres nommés Burmaltus et Carrado.
Cette scène se reproduit à Bari, sur la
basilique San Nicola. Il est possible de voir dans
ces deux sculptures une représentation de l’épisode de l’enlèvement de
Guenièvre/Guennuvar/Winlogee.
Or, la construction de ces édifices
commence à la fin du XIème Siècle, pour se poursuivre par après, et
pour Modène, une pierre se trouvant à gauche du portail, et portant la date de
fondation de la cathédrale, porte aussi le nom d’un sculpteur célèbre.
On a donc ici un faisceau de présomptions
tendant à faire penser que l’enlèvement de Guenièvre par Melwas
est un épisode célèbre soit juste avant Geoffrey, soit juste après. Or,
Geoffrey, lui, ne parle que d’un adultère commis par Guenièvre avec Mordred. Est-ce le même épisode, auquel cas Geoffrey aurait
pu inspirer les deux sculptures, si celles-ci ont été faites après lui, ou un
épisode différent ?
La légende arthurienne ne laisse pas la
porte ouverte à la certitude. En tout cas, l’enlèvement de Guenièvre a été un
épisode largement diffusé…
Les Vies des Saints
Arthur apparaît à plusieurs reprises dans
les Vies des Saints de Petite et de Grande Bretagne. Le jour sous lequel il
apparaît est généralement négatif. Ce n’est pas un cas isolé, dans ce genre
d’œuvre on a généralement un affrontement entre le saint et un chef séculier
paré de tous les attributs du tyran.
Dans la Vie de Saint Cadoc (fin du XIème Siècle), par exemple,
Arthur, dans une première partie de
l’histoire, commence par convoiter une jeune femme qui a trouvé refuge chez lui
avec son amant. Puis, plus tard, voyant un fugitif se réfugier dans un monastère,
se met en colère et exige une compensation. Dans d’autres Vies, comme celle de
saint Carannog, de Saint Padarn,
Saint Efflam, ou de Saint Gildas*, Arthur est
paresseux, faible, et même voleur.
Il est en fait plus que probable que si
le Roi Arthur a réellement existé, on ait par les Vies des Saints une
impression plus proche de la réalité de son caractère que par les autres
textes ; cependant, dans l’hagiographie usuelle, le roi est souvent soit
protecteur soit persécuteur ou profondément païen. Ainsi, il est plus que
possible que le Roi Arthur ait ici été utilisé comme un parangon du mauvais
roi.
* Il s’agit de celle de Caradoc de Llancarfan (XIIème
Siècle). Dans celle écrite par Vitalis, de Saint-Gildas-de-Rhuys (XIème Siècle), c’est à Conomore que Gildas s’oppose, et Arthur n’apparaît pas.
La Vie de Saint Cadoc, XIIème
Siècle, Lifris de Llancarfan
Ainsi qu’il est dit plus haut, dans cette
Vie, Arthur apparaît à deux reprises. Tout d’abord, lorsque le jeune Gwynllyw tombe amoureux de la fille du Roi Brychan, Gwaldys, et fuit le père
en colère, ils arrivent à une colline où Arthur, Cai
(Keu) et Bedwyr (Bedoier) jouent au dé. Là, les deux compagnons d’Arthur
doivent le persuader de ne pas s’emparer de la jeune fille pour lui-même.
Puis, lorsque le fils de Gwynllyw, Cadoc, est devenu plus
âgé, il arbitre un conflit entre Arthur et un dénommé Ligessauc,
et, en compensation de trois guerriers morts, propose à Arthur cent génisses,
ce qui est le prix traditionnel. Mais Arthur, dans sa fierté, demande des
génisses rouges et blanches, rouge étant la couleur du Diable….
Vers l’Arthur légendaire
On a ici,
apparemment, la première intervention de Cai, qui
sera plus tard le frère de lait du roi, et de Bedwyr,
futur connétable.
La Vie de Saint Padarn / Patern, XIIème Siècle
Dans cette vie, Arthur, cherchant à s’approprier la tunique du saint, est
enterré dans le sol jusqu’au menton ; il est donc obligé de renoncer à ses
prétentions….Il est à noter que si dans cette vie d’autres ennemis du saint
sont appelés « Rois », Arthur, lui, est appelé « Tyran ».
Vers l’Arthur Légendaire
Pas mal de personnages arthuriens apparaissent déjà dans cette vie :
Saint David, notamment (et Saint Teilo), Maelgwn (de Gwynedd, le « Méléagant »
plus tardif) qui s’oppose au saint, ainsi que Caradoc
« Braiehfras », qui persuade le saint de
venir en Bretagne…
Histoire des Rois de Bretagne, XIIème Siècle (v.1135), Geoffrey de
Monmouth
Roman de Brut, XIIème Siècle (v.1155), Wace